Se mobiliser pour défendre notre secteur aéronautique
Intervention de Thierry Millet au Conseil de Bordeaux Métropole du 27 novembre 2020 - Délibération n° 16 - TARMAQ
Cette délibération est symbolique de la direction vers laquelle notre Établissement Public de Coopération Intercommunale doit s’orienter.
Vu l’évolution de notre environnement, il se confirme que le projet TARMAQ pose question en ce qui concerne sa capacité à atteindre ses objectifs, que ce soit en termes de fréquentation du grand public ou de dimension financière. Sans doute doit-il être ré-examiné pour s’adapter à la nouvelle donne, avec une plus grande vigilance sur les moyens alloués et avec un volet environnemental affirmé : tout à fait d’accord pour lui conférer un rôle dans le développement d’une filière de déconstruction d’aéronefs en fin de vie car c’est un marché porteur. Avec le concours des industriels de notre territoire, cela permettrait notamment de recycler certains métaux et alliages facilement valorisables.
Comme je l’ai déjà fait lorsque ce dossier TARMAQ a été débattu au Conseil Municipal de Mérignac, je souhaite ici rappeler que le 5 mars dernier, c’est-à-dire 12 jours avant le 1er confinement, lors du débat organisé par France 3 Aquitaine, j’avais été alerté par les déclarations de la représentante des Verts au sujet du secteur aéronautique. Ce jour-là, face à la tiédeur de votre réaction, Monsieur le Président, j’avais défendu vigoureusement ce secteur économique. Voici ce que j’avais déclaré : « N’oubliez pas que l’aéroport, c’est le civil, mais c’est aussi le militaire. Il y a l’industrie autour. Lorsqu’un coup sera porté aux activités aéroportuaires et aéronautiques dans cette métropole, sachez une chose, c’est que le drame que nous avons vécu avec Ford passera pour une bluette. Aujourd’hui, l’enjeu de l’aéroport, il faut le mesurer. Bien sûr, il faut être responsable sur le plan de l’environnement, mais il faut aussi être responsable sur le plan social. La technologie avance, les avions progressent, les motorisations progressent. L’amélioration de la technologie, c’est aussi un moyen de limiter les impacts sur l’environnement. »
Depuis, mes propos se sont malheureusement révélés prémonitoires.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Quelle est la position de la majorité que vous conduisez ? Nous avons besoin de savoir si, comme l’a déclaré Sylvie Cassou-Schotte au nom de son groupe politique en juillet dernier, le projet TARMAQ est celui, je cite « d’une autre ère, celle d’avant la crise sanitaire » allant jusqu’à évoquer un « schéma dépassé » et s’abstenant sur cette délibération.
Pourtant, une fois l’épidémie endiguée, n’en doutons pas, les échanges qui reprendront prouveront que l’aviation n’appartient pas au passé.
Le nier serait choisir la décroissance et reviendrait implicitement à cantonner chacun sur son territoire, freinant la coopération entre les territoires et les peuples, et générant un repli sur soi, avec les conséquences que l’on devine. Bien entendu, nous n’en voulons pas.
Au sein du groupe Métropole Commune(s), nous croyons qu’il est possible d’innover pour trouver des solutions aéronautiques compatibles avec l’environnement et sommes persuadés de la capacité de l’homme à inventer et à progresser dans ce domaine.
La crise liée à la COVID-19 a plongé plusieurs secteurs économiques dans de graves difficultés. Parmi ceux-ci, celui de l’aéronautique est étroitement lié à notre métropole. Ses activités largement regroupées au sein de l’Aéroparc sont notre poule aux œufs d’or et permettent, directement ou indirectement, de financer nombre de services et d’équipements publics.
Alors que les industries aéronautiques du sud-ouest subissent les conséquences de la pandémie, ce sont aussi les activités aéroportuaires qui ont été frappées par la suppression des navettes vers Paris. Les conséquences de cette décision sont redoutables, tant sur le plan économique que social car la Métropole de Bordeaux n’est pas seule au monde : d’autres qu’elle peuvent accueillir les projets industriels. Et d’autres les accueilleront tôt ou tard quand les donneurs d’ordre se rendront compte que Bordeaux est décidemment d’un accès beaucoup moins facile que des sites tels que, par exemple, Blagnac, Marignane, Münich, Hambourg, Madrid, Bristol …
Ne nous voilons pas la face : notre aéroport est menacé, à terme, de déclassement. Et, par conséquent, les entreprises qui l’entourent sont elles aussi menacées tant cet attelage est indissociable puisqu’interdépendant.
Monsieur le Président, avec d’autres responsables politiques vous avez fait des démarches pour demander que la navette vers Paris soit rétablie. C’est une bonne chose. Il faut non seulement les poursuivre mais les intensifier.
D’autres initiatives d’une nature et d’une ampleur très différentes doivent être prises au niveau métropolitain pour qu’une juste compensation des conséquences prévisibles causée par cette décision du gouvernement soit allouée à notre territoire.
Parce que Bordeaux Métropole et son aéroport sont l’un des berceaux de l’aéronautique, nous avons vocation à devenir l’un des berceaux de la recherche opérationnelle sur l’avion de demain, c’est à dire l’avion à hydrogène.
Nous devons obtenir de ceux-là même qui ont pris les décisions qui nous affaiblissent, qu’ils prennent les décisions qui permettrons à notre tissu industriel de rebondir.
J’en terminerai en répétant avec force qu’il y a urgence : « Il faut décréter la mobilisation générale pour défendre l’aéroport et le secteur aéronautique ». Et permettez-moi de rappeler qu’en son temps, Michel Sainte Marie avait su le faire, c’était en 2006, lorsqu’il s’était agi de sauver la SOGERMA.
A cette époque, sans hésiter, tous bords confondus, nous nous étions joints à sa démarche.
Au sein des entreprises du secteur aéronautique et spatial comme à l’aéroport, les salariés doivent entendre la détermination métropolitaine et être assurés de l’union sacrée des élus pour défendre bec et ongles leurs emplois.